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Nicolas Bernière Artist-painter
LES BOITES À RÊVER

BOITES A REVER (ou boîtes de rêve ?)

Qui aurait l’idée de mettre en boîte le ciel, les nuages, les montagnes, des arbres, des cascades, et même des villes ?

Un poète. Nicolas est ce poète aux doigts agiles, ce médiateur entre visible et invisible qui nous fait entrer dans ses visions en trois D avec mille détours et trois fois rien : la colle et les ciseaux de l’artisan, le crayon et le pinceau du peintre, le regard de l’artiste.

Derrière une vitre cernée d’un imposant cadre de chêne, -200 x 97 cm ou 130 x 110 cm- une pléiade de petites boites peintes dans les tons délicats de l’estampe japonaise, dessinent mystérieusement par la force de leur nombre et la magie de leur agencement, la croupe irisée d’une montagne, les ramures sombre d’un arbre, le camaïeux d’une géographie urbaine fantasmée. Vision puissante, euphorisante, d’une peinture- objet qui troue les murs pour y faire circuler l’oxygène des grands espaces.

Si on s’approche de cette montagne, de cet arbre, ou tenez, de cette ville faussement familière, une tour Eiffel naine –exprès- fait un pied de nez à quiconque voudrait reconnaître dans cette ville autre chose que ce qu’elle est : un rêve éveillé.

Vu de très près, la chaîne montagneuse, elle, apparaît fragmentée en un puzzle savant de 207 boîtes de tailles harmonieusement variées

- peintes à main levée sur les 5 faces apparentes : Ainsi, avec la sûreté des enlumineurs médievaux, Nicolas éparpille à la surface de ses boites à malice le reflet d’un lac, une vallée étroite creusée d’un torrent, un arbre nu, un gite enneigé, un sommet. Tout est fragment donc, de même que la chaîne alpestre, la vraie, est une farandole de sommets abruptes ou ronds, sombres ou encapuchonnés; mais ici, par la volonté de l’artiste, chaque fragment est un tout: l’arbre contient la forêt, le nuage se confond avec le ciel, l’immeuble est la ville idéalisée et matérialisée tout à la fois; d’ailleurs, vérifions: la paroi de verre qui clôt le vaste écrin peut se soulever, il n’est que de tendre la main pour saisir une des boîtes collée au socle vertical par une surface aimantée. Délicatesse et sûreté du trait de crayon ou du pinceau qui capte l’impalpable pour le poser sur la chair du papier marouflé enduit au gesso : sur une petite boîte, en trois touches d’un pinceau-plume, vibre le silence d’un valon neigeux; sur une autre se profile un téléphérique, une cascade…On peut bouger les éléments, les brasser….l’artiste nous invite à le faire, à créer avec lui. La montagne, la ville, les nuages, les arbres, ne changent-ils pas constamment sous les lumières du jour et des saisons ? Mais surtout, retournez une boîte, une autre, Nicolas y a caché des  « surprises » : une fleur, un morceau d’écorce, un oiseau, le bout de crayon exténué après tant d’esquisses... Une manière de nous inviter à ses pérégrinations inspirées dans les montagnes de l’Oberland Bernois autour de la ville de Gstaad où il est en résidence depuis trois ans et où est né son projet des boîtes. Un micro chalet masqué quelque part dans la constellation des mini-boites de la grosse boîte « Montagne », fait se déverser des pierres précieuses quand on la saisit. Une boîte de la Ville contient la figurine polissonne d’une femme sous sa douche… Une autre , dans « Nuages », recèle un ange ouaté….

Il faut entrer dans le jeu…Par une réminiscence enfantine, Nicolas, tel le génie du conte enfermé dans la lampe d’Aladin, a enfermé le génie de la Montagne, des Nuages ou de la Ville dans ses boites.

Plus de vingt ans après son apprentissage de la gravure en taille douce à l’Ecole Estienne, l’esprit d’enfance subsiste chez Nicolas. Sa quête picturale, depuis son travail à l’atelier de Philippe Lejeune à Etampes de 1988 à 1990 fut constante, acharnée, sans concessions. Ce polymorphe obstiné s’est fait une règle de se réinventer sans cesse, travaillant tous les supports, tous les formats avec la gamme infinie des pigments sans renoncer à la jouissance de la matière, glissant avec brio du portrait flamboyant de femmes baudelairiennes à celui d insects à la sombre monochronie, peignant l’espace confiné du métro avec la même ferveur que le désert du Hoggar…

Esprit d’enfance, polymorphie, ferveur…tout cela, est présent et hautement maîtrisé dans cette nouvelle étape du travail de l’artiste. Cela s’appelle la maturité.

 

Evelyne FALLOT

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